Antigone @ArticlesPlaire
Je cherche à leur plaire. Voilà. Et puis c’est tout. Espoir déçu. Ils ne me regardent pas. Leurs yeux me traversent. Pourquoi ? Je cherche à leur plaire. Je prends mon étendard. Je le secoue énergiquement. Il s’envole gentiment dans les airs. Hep ! Hep ! Hep ! Rien. Espoir déçu. Je cherche à leur plaire. Voilà. Et puis rien du tout. Du vide. Du rien. Du pas du tout. Est-ce que je passe ma vie à ça ? Je cherche à leur plaire. Ils ne me regardent pas. Quoi ? Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ? Mon vêtement ne leur sied pas ? Non. Alors ? Non, je ne sais pas. Ils ne me regardent pas. Je cherche à leur plaire. Ma vie ne leur plait pas. Tant pis. Rien à faire. Et puis. Voilà. Je cherche à leur plaire.
Espoir déçu.
Posté le 29/04/2007 | 45 consultations | 13 commentaires | Voir et commenter l'article Pluie
Deux amants courent sous la pluie battante, enlacés. On s’attend à ce qu’ils s’embrassent, sous un porche voisin, bien abrités, comme dans ces vieux films romantiques, à l’image lente et épurée. Deux fragiles silhouettes courent sur les pavés luisants. Ils pourraient tomber. La femme s’accroche au bras de l’homme. Ses talons hauts glissent. Ils s’arrêtent un instant. Elle se penche, tout le corps plié, et enlève ses chaussures, qu’elle tient à présent par la bride croisée. Et la pluie, toujours, qui ne cesse de se déverser sur eux, sur nous, et sur la ville, sombre et embuée. Deux imperméables foncés, serrés l’un contre l’autre, courent dans les ruelles obscures, bien mal éclairées. Les escarpins brillent, par intermittence, au bout du bras de la jeune femme, en rythme, balancés. Un néon clignote dans la nuit, éclairant les façades des immeubles accolés. Le couple ralentit, il semble épuisé. Derrière une lucarne vitrée, une femme entre deux âges leur tend deux tickets carrés, jetant un regard méprisant sur leurs deux visages ravagés. Ils sont en retard. La séance est commencée.
Posté le 02/05/2007 | 42 consultations | 9 commentaires | Voir et commenter l'article Errance
Là où je vais Là où je suis
Que des pas Dans le désert La sueur De la terre En poussière La solitude Là où j’avance Aucun bruit Poussée hors de votre jardin A tout jamais Condamnée Pour des gestes faits Des amours partagées Des presque riens Là où je marche Qui d’autre me suivra Qui le voudra Et le doute Toujours D’avoir le droit de crier La rage Là où je m’allonge Du sable Dur Amer Mon corps blessé Anéanti Se relever
Après ça Loin de votre jardin Exister Orpheline De votre bénédiction Avoir la chance Un jour De devenir
Moi Ailleurs Posté le 04/05/2007 | 42 consultations | 10 commentaires | Voir et commenter l'article Mon beau miroir
Essaye de te concentrer. Je ferme les yeux très fort, les mains sur l'émail froid du lavabo de la salle de bain. En face de moi, le miroir. Je ne le vois pas. Pour l'instant, les paupières closes, des lumières doucement orangées valsent devant mes yeux. Ouvre-les à présent. La clarté éblouissante de l'après-midi, tout ce blanc, m'aveugle un moment. Mon reflet dans le miroir n'a pas changé. Toujours ce visage que je ne reconnais pas, pourtant le mien, si éloigné du visage gracile et pâle dont je m'attends parfois à croiser le regard. A l'intérieur, je suis belle. J'ai quinze ans. Mon corps ne me ressemble pas. Combien d'années me faudra-t-il attendre encore pour que quelqu'un pose un regard tendre sur ma bouche, y dépose un baiser, caresse mes cheveux ? La semaine dernière, une lointaine connaissance a dit à ma mère : « Vous avez vraiment une belle fille, Madame. » Cet homme-là ne parlait pas de moi, mais de ma sœur. J'étais là, transparente, même pas laide, ordinaire. A l'intérieur, je suis belle. Qui le verra ?
Posté le 09/05/2007 | 2012 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article Cauchemar
N’aie pas peur. Tu ne crains rien. Je suis là. Tes joues sont douces comme le miel. Tes cils papillonnent délicatement. Viens là. Oui. Tout contre moi. Apaise les battements de ton cœur. Pose ta tête dans mon cou. Serre toi contre mon sein. Je suis bien. Je t’aime. N’aie plus peur. Tu as le temps, tout le temps. De découvrir le monde, ses joies et ses peines, ses faiblesses. Rassure toi. Ton corps chaud, empli de sommeil, dégage les effluves douçâtres du bébé que tu es encore un peu, de temps en temps. Ce soir. Dans ma tête, je me raconte des histoires, de rencontres, de pluie, de courses folles. Et tu es là. Et je suis ton port d’attache, ton abri de fortune, au milieu des tempêtes. Mon fils. Tes petits bras m’encerclent. Je sens ton dos se détendre. Tu t’endors. La nuit gagne de nouveau doucement la partie. Tes paupières se ferment. N’aie pas peur. Tu ne crains rien. Maman est là, debout et forte. Debout, parce que tu vis.
Posté le 16/05/2007 | 47 consultations | 10 commentaires | Voir et commenter l'article Rechercher dans les articles |