Antigone @ArticlesEnregistrements pirates, Philippe DELERM
Résumé : Ce livre est un recueil de textes courts. Philippe Delerm s'est inspiré de bribes de phrases et de petites scènettes de la vie quotidienne pour croquer ces tranches de vies volées qu'il nomme "enregistrements pirates". Avis d'Antigone : L'auteur de "la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" nous régale encore avec ces textes si justes et, parfois, si drôles. Il sait décidément se regarder, nous regarder, et retranscrire travers, petites joies et moments décalés. J'aime. Extrait : "Les dénicheurs "La ferme était abandonnée depuis près de dix ans. Cécilia et Marc-Hervé l'achetèrent pour une bouchée de pain." La première fois, on n'en croit pas ses yeux, quand on commence à lire le texte du reportage dans un magazine de décoration. Il faut bien avouer qu'on les lit rarement. On se contente de légendes, à côté des photos, en caractères plus gras, dans la marge. Pris par l'atmosphère, on se laisse faire, et c'est agréable de changer d'habitat au fil des pages, de vivre tour à tour dans un château en Touraine, un mas provencal, un chalet savoyard. Pourtant, on devrait déjà se méfier quand on découvre ces mots : " Le lustre a été déniché chez un antiquaire de Murano." On n'a vraiment pas de chance : quand on est allé à Murano, on n'a vu que des boutiques pour touristes gogos. A Murano, pourtant, Marc-Hervé et Cécilia ont tout de suite trouvé un antiquaire. Et ils ont déniché. C'est fou ce qu'ils dénichent, Marc-Hervé et Cécilia. Dans les brocantes, les déchetteries, chez Emmaüs. Et puis le travail ne leur fait pas peur. Dedans, dehors. le vaisselier, un ancien meuble de mercerie, a été entièrement décapé à la main par Marc-Hervé. Cécilia fait elle-même toutes ses boutures. Ils ont trois enfants, un parc de deux hectares. Un parc...Une ancienne friche, qu'ils ont débroussaillé de week-end en week-end,-car le reste de la semaine, ils vivent et travaillent à Paris. Il n'est jamais question de jardinier, de femme de ménage ou de jeune fille au pair. Un abbatement vous gagne à découvrir le terrifiant dynamisme de Cécilia et Marc-Hervé, l'inoxydable harmonie qui les préserve. Ils poussent le talent jusqu'à arborer une mine rayonnante, pas une once de fatigue au coin des yeux, en dépit de ces travaux d'Hercule."
Posté le 02/01/2007 | 61 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article Un heureux événement, Eliette ABECASSIS
Résumé : Barbara était libre, érudite, amoureuse, légère. Et puis est venue l'idée de l'enfant, puis la grossesse et enfin l'accouchement. L'"heureux événement" a bouleversé sa vie, son corps, son esprit. Son quotidien est devenu un enfer. Avis d'Antigone : A travers cette fiction, Eliette Abecassis nous raconte, avec sincérité, et sans tabous, la condition de mère, et cela fait du bien. Je me suis retrouvée dans chaque mot, même si chaque histoire est différente. Et, toujours, cette question, omniprésente : quelle folie pousse un couple à vouloir un enfant (et à recommencer) ? Merci à Eliette Abecassis d'oser la vérité ! Extrait : " Avant.J'ai 33 ans, les cheveux longs, soignés, raidis par des brushings. Je suis maquillée, habillée, parfumée. Je suis intense, romantique, intellectuelle, passionnée. Après. Je n'ai pas d'âge, mes cheveux tombent, mes yeux sont perdus dans le vide, je ne vois plus rien, car prendre mes lunettes est le jeu favori du bébé ; je suis pieds nus, je porte des tee-shirts sales, et je n'aime que dormir. Je suis cynique, désespérée, bête, et souvent méchante. Je suis femme au foyer. Je suis épouse. Je suis mère."
Posté le 04/01/2007 | 117 consultations | 5 commentaires | Voir et commenter l'article Le ciel t'aidera, Sylvie TESTUDRésumé : Sylvie Testud raconte sa vie, son appartement, son chien, son copain, ses amis, mais aussi ses phobies, ses petites manies et ses départs en tournage. Avis d'Antigone : J'ai trouvé toute la première moitié de ce "roman" un peu laborieuse à lire. En effet, j'ai très bien réussi à suivre la comédienne dans ses périgrinations mais je me suis posé cette question très rapidement : mais où veut-elle en venir ? Puis, l'intrigue s'est un peu resserée, elle s'est focalisée sur le personnage principal et l'intérêt est venu, petit à petit. Finalement, j'ai aimé lire la deuxième partie de ce livre et je me suis régalée avec quelques passages hilarants ou émouvants. Les petites manies obsédantes et flippantes de l'héroïne de cette histoire, Sylvie Testud en l'occurence, nous font plonger dans un univers parallèle où la réalité serait vue par les yeux d'une enfant devenue grande, par erreur. Extrait : " Qui a dit que le chien était le meilleur ami de l'homme ? Me voilà à bout de nerfs au saut du lit. - A cause de toi, tout va mal ! Tes croquettes pèsent des tonnes. Tu n'as pas le droit de chier en ville. Je suis obligée de ramasser ta merde à longueur d'année. Je fais le tour qu quartier trois fois par jour pour que tu puisses pisser sur tout ce que tu trouves ! Tu ne peux pas rester seul plus de trente minutes. Je suis obligée de te traîner partout. Tu ne sais pas marcher aux pieds. Tu m'arraches le bras dès que nous franchissons la porte de l'appartement. Je suis couverte de honte dès que tu te cales sous une table de restaurant parce que tu pètes tout le temps. Ton médecin coûte le double du mien. Tu ne gardes pas la maison. C'est moi qui suis obligée de te rassurer ! A cause de toi, je me suis presque fait larguer hier ! Maintenant tu me voles mon pain ? Tu mériterais que je te bouffe tes croquettes ! Tu es mon pire ennemi ! Va-t'en ! Va-t'en ! je lui beugle à la face. Mon chien ne bronche toujours pas. Il me regarde avec un oeil de sardine grillée. Il refuse de s'en aller. Mieux, il s'assoit sur le carrelage. Il prend possession de ma cuisine."
Posté le 18/01/2007 | 69 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article Solos d'amour, John Updike
Résumé : "Solos d'amour" est un recueil qui regroupe treize nouvelles, sur les bonheurs et les désillusions de l'amour. Tous les héros de ces petites histoires ont la quarantaine bien frappée, ont eu plusieurs conjoints, des maîtresses ou des amants, et nous offrent un regard tendre et amer sur leur vie. Avis d'Antigone : Je me suis engagée dans ce livre avec l'espoir d'un régal gourmand. Les nouvelles de John Updike m'ont décue, dans l'ensemble. Malgré quelques petits bijoux ("L'heure du déjeuner", "Les chats" ou "Solos d'amour au coeur de la guerre froide"), il me semble dommage, en effet, que ce recueil contienne "Souvenirs de Rabbit", nouvelle indigeste qui occupe toute la deuxième moitié du livre. Malgré tout, les personnages d'Updike, imparfaits et maladroits, restent attachants. A découvrir : certes ! A acheter : pas forcément. A emprunter : oui, pour les petits bijoux que ce recueil contient. Extrait de "L'heure du déjeuner" : "Les réunions d'anciens élèves démontraient que cette implacable discrimination, profondément ressentie par tous, avait mal auguré des performances des adultes. le balourd, invisible et muet en classe, avait fondé un empire de pépinières dans le Maryland et garait sa Jaguar argentée sur le parking du restaurant où nous étions rassemblés. La pauvre fille méprisée d'une mère divorcée (une aberration à l'époque) était devenue, à Chicago, une très séduisante chef de produit. En revanche, les forts en thème étaient des professeurs et des policiers raides, alourdis par l'obligation de maintenir l'ordre local. Le prix du plus "jeune" père (sa quatrième épouse pétulante dans une mini-robe moulante en satin et identique à la troisième, cinq ans plus tôt) fut remis à un garçon qui, d'après nos souvenirs, n'avait pas de petite amie, n'assistait ni aux bals ni aux fêtes. Les malheureuses qui faisaient tapisserie (un fond incolore de féminité fade qui mettait en valeur les charmes triomphants des stars de la classe) avaient acquis les manières gracieuses et l'assurance piquante des citadines, alors que nos reines d'antan succombaient à l'hypertrophie des atouts (décolleté, vitalité, témérité, dureté astucieusement ciselé) qui les avaient rendues spectaculaires." Posté le 27/01/2007 | 53 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article Impressions à la saison des pluies, GE FEI
Résumé : Ce recueil contient deux nouvelles, dont le personnage central est, sans conteste, la pluie. Sous couvert d'enquêtes, plus ou moins réelles, nous partons à la découverte de personnages fascinants et du quotidien de petits villages chinois. Avis d'Antigone : Acquérir un livre des éditions de l'Aube, c'est déjà, en soi, tenir dans ses mains un bel objet. Et cela participe au plaisir de la lecture. J'ai aimé lire ces textes. La première nouvelle, "Vert-jaune", nous entraîne à la recherche d'un homme, mort depuis des années, et étrangement vivant dans la mémoire du narrateur et des personnages. La deuxième, dont le recueil porte le nom, résulte d'un quipropos provoqué par la lourdeur de la pluie. Une fausse enquête se met en place. Chaque personnage est subtilement décrit. L'ensemble ressemble à un petit bijou qu'on laisse, à regrets, une fois la dernière page lue. Extrait : "Un crépuscule après l'autre, les jours passèrent très vite, sans laisser de trace, ni sur la voûte unie du ciel par-dessus le village, ni dans les champs enclos, ni dans les montagnes, ni dans la plaine déserte que j'apercevais au loin par la fenêtre. Le sort mystérieux de ce pauvre homme m'obsédait jour et nuit. Lorsque je pris la décision de quitter ces lieux, une impression d'irréel m'envahit soudain. Ce village, avec sa rivière tranquille, le sable rouge de ses rives, ses passants pressés et leurs ombres qui les suivaient, pouvaient être tout à la fois le fruit de mon imagination, et certains des détails mille fois reproduits sur les tableaux peints d'après nature."
Posté le 02/02/2007 | 75 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article Rechercher dans les articles |