Antigone @ArticlesDe bon matin
Une vie rêvée Le réveil sonne, toujours trop tôt. Il fait froid. Je m'enroule en boule, profondément enfouie sous ma couette, pour que la vie m'oublie, encore une minute… La sonnerie s'intensifie. Je me lève. Café. Tartine. Le soleil apparaît timidement derrière les arbres sans feuilles. La cuisine prend des teintes lumineuses. Mon cahier m'attend sur le bureau en bois, au fond du salon. Je m'installe, ma tasse fumante à nouveau remplie, posée près d'une pile de livres, en attente de lecture. Quand mon texte sera prêt, je pourrai l'enregistrer et l'imprimer. Pour l'instant, je griffonne, je rature, je rectifie. J'ai vue sur la côte sauvage. De l'endroit où j'écris, je peux voir des petits triangles blancs glisser doucement dans la baie. La mer est d'un bleu tendre ce matin. Tout à l'heure, je descendrai sur le port… La sonnerie stridente du réveil trouble mon rêve. Les enfants m'appellent, de la chambre à côté. La lumière crue de la cuisine éclaire notre petit déjeuner. Je ne suis pas écrivain.
Posté le 04/02/2007 | 64 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article Le Secret
Je crois qu'il est temps de parler de toi, du souvenir que j'ai conservé de toi. Je crois qu'il est temps de sourire, aussi, à cette photo de classe où je me tenais bien droite, assise, les mains posées sur les genoux, sage, une frange épaisse couvrant mon front. J'avais le sourire timide à l'époque, rempli de fossettes, des yeux immenses, naïfs et doux. Et toi, là, un peu plus à gauche, avec ton regard malicieux, tes airs de garnement et tes cheveux en bataille, tu étais,sans le savoir, mon plus grand secret. Je t'aimais, comme on ne peut aimer qu'à neuf ans, en te laissant croire que je te méprisais, que je ne te voyais pas. Et tu demeurais, à chaque seconde, ma préoccupation absolue. Mes battements de cœur auraient du faiblir, avec le temps… Alors, il est temps de parler du temps, justement, qui n'efface rien. Pauvre sagesse populaire ! Il est temps de parler du cœur, aussi, qui se meurt, et puis qui repart, toujours. Mon coeur s'est arrêté, pour la première fois, à l'aube de mes seize ans, lorsque je t'ai vu embrasser cette fille brune, aux cheveux courts. Il est temps de te dire…je t'aimais. Tu ne l'as jamais su. Posté le 07/02/2007 | 76 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article On vous ment
Vous le saviez, non ? On vous ment, depuis le début. On vous dit que vous serez grand, libre, beau et intelligent, mais plus tard, beaucoup plus tard. Et ce n’est pas vrai. Rien n’est vrai. Vous traînez votre vous jusqu’à l’âge adulte, cahin-caha, tant bien que mal. Vous le parez d’instruction, d’expérience, d’un semblant de confiance en soi. Allez, il vous arrive de vous trouver beau, parfois, dans la lumière blafarde de la salle de bain, le matin ; et intelligent, quand vous accumulez réussites professionnelles, diplômes, quand quelques malandrins félicitent votre ego. Soyez rassurés, personne ne vous a réellement percé à jour. Ils ont trop peur, tous, qu’en dévoilant votre secret, ils se retrouvent malencontreusement mis a nus, eux aussi. On vous ment. On ne devient pas plus libre, ni plus beau, ni plus sage. On s’arrange avec soi-même. On promène son soi dans la vie, en évitant pertes et fracas. On devient sociable.
Posté le 10/02/2007 | 72 consultations | 12 commentaires | Voir et commenter l'article La petite fille
Depuis quelques jours déjà, je fais un rêve…étrange. Une petite fille, d'une huitaine d'années environ, tend les bras vers moi. Quelque chose me retient, fortement, par la taille, m'aspire vers le haut, m'empêche de l'atteindre. Je touche le bout de ses doigts, je ressens la douceur de leur bulbe. Je sais que si je pouvais agripper les mains de l'enfant, j'aurais suffisamment de force pour la prendre contre moi, la bercer et l'emmener. Ses yeux sont confiants. Elle attend, calmement. Elle porte une robe blanche à volants, brodés de fleurs chatoyantes. Ses cheveux sont, en partie, ramassés sagement derrière son crâne. De grandes boucles dorées encadrent son cou fin. Elle sourit. Tout le corps tendu, mes yeux sont plantés dans les siens, ne les lâchent plus. Je voudrais réussir. Rien n'y fait. La « chose » qui me retient m'éloigne inexorablement de l'enfant qui, découragée, laisse finalement ses bras retomber le long de son corps, sans pour autant me quitter du regard… Tout est fini, mais je sais qu'elle m'attend. Je sais que je réussirai bientôt, là où je viens d'échouer. Je sais que je me sentirai alors pleine et vivante, enfin complète. Je sais que cette enfant…c'est moi.
Posté le 14/02/2007 | 81 consultations | 3 commentaires | Voir et commenter l'article Couleurs
De la couleur. Du rouge. Du bleu, dur, éblouissant. Du vert, de l'ocre. Et du magenta. Tu barbouilles. Tu ris. Tu t'interroges. Les cheveux, verts, oranges ou violets ? Tu ne seras pas fâchée, dis maman, si je me fais plus grande que toi ? Le pinceau tourne dans le godet. Je te regarde dessiner, tête penchée, soudain sérieuse, concentrée. Des tissus. Des matières. De la couleur, encore, pour plonger dans les coussins, pour le plaisir du toucher, pour s'inventer des histoires. Couleur profonde de tes cheveux fins, de tes yeux bruns, de tes joues rosies. Couleurs des bibelots sur les étagères, ordonnés. Couleurs des tapis, de la table basse, de tes jouets, oubliés. Couleur de notre intérieur, douillet.
Loin de tout univers glacé, En noir et gris. Posté le 18/02/2007 | 84 consultations | 6 commentaires | Voir et commenter l'article Rechercher dans les articles |