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Catégorie Poésie: Des poèmes !

L'amoureuse de Paul Eluard

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
 
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

 


Posté le 13/09/2006 | 55 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article

La Vie Profonde de Anna de Noailles

 
Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !
 
Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !
 
Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;
_ S'élever au réel et pencher au mystère,
Etre le jour qui monte et l'ombre qui descend.
 
Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde, assise...
 

Posté le 13/09/2006 | 86 consultations | 3 commentaires | Voir et commenter l'article

La Nature, fidèle à l'homme - Henri Michaux

Non, il est sans exemple que l'obscurité, éclairée par un grand feu de bois, tarde à s'en aller, ne s'en aille que nonchalamment et comme à contrecoeur. C'est sur des points pareils que l'esprit humain assoit sa sécurité et non sur la notion du bien ou du mal.

Non seulement l'eau est toujours prête à bouillir, et n'attend que d'être chauffée, mais l'océan lui-même, au comble de sa fureur, n'a de forme que celle de son lit qu'un continent affaissé l'oblige d'occuper. Le reste est égratignures du vent.

Par cette soumission, l'eau plaït aux faibles, les étangs, les lacs leur plaisent. Il y perdent leur sentiment d'infériorité. Ils peuvent enfin respirer. Ces grandes étendues de faiblesse leur montent à la tête en orgueil et triomphe soudain.

Qu'ils s'en gargarisent bien, car une fille moqueuse et un père sceptique, en moins de ça, les culbuteront de cette plate-forme inouïe, où ils s'imaginent régner à jamais.


Posté le 31/01/2007 | 49 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Aux jeunes poètes (poème genre didactique), Pierre Albert-Birot

Pour faire un poème

Pardonnez-moi ce pléonasme

Il suffit de se promener

Quelquefois sans bouger

 

Regardez dehors et dedans

Avec toutes les cellules

De votre vous

 

Et voici que vous êtes riche

 

Mais n'en dites rien à personne

Pour aujourd'hui

Ne faites pas le nouveau-riche

Apprenez les bonnes manières

Car la fortune est peu de chose

A qui ne sait pas s'en servir

 

Vous voici fécondés

 

Travaillez façonnez polissez assemblez

Tous ces immatériels matériaux

 

Maintenant

Que vous avez reçu le monde en vous

Portez le monde qui va naître

 

Obéissez

Parfois aux lois des autres

Parfois aux vôtres

Parfois encore et surtout

 

A la Loi

Qui n'est ni des autres ni de vous

 

Et vous serez aimés

Des mots des sons des rythmes

Qui s'ordonneront pour vous plaire

 

Soyez triple comme un dieu

Ou plutôt comme une mère

Et naîtra le poème

 

Mais j'aurais dû tout simplement vous dire

Copiez copiez

Religieusement

La vérité que vous êtes

Et vous ferez un poème

 

A condition que vous soyez poète

 

 


Posté le 03/02/2007 | 56 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article

Dans l'oubli de mon corps, Jules Supervielle

Dans l'oubli de mon corps

Et de tout ce qu'il touche

Je me souviens de vous,

Dans l'effort d'un palmier

Près de mers étrangères

Malgré tant de distances

Voici que je découvre

Tout de qui faisait vous.

Et puis je vous oublie

Le plus fort que je peux

Je vous montre comment

Faire en moi pour mourir.

Et je ferme les yeux

Pour vous voir revenir

Du plus loin de moi-même

Où vous avez failli

Solitaire, périr.

 


Posté le 10/02/2007 | 58 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article

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