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Catégorie Théâtre: Répliques.

Antigone, d'Anouilh, La Table Ronde

ANTIGONE
Je ne me moque pas. Cela me rassure ce matin, que tu sois belle. 
Quand j'étais petite, j'étais si malheureuse, tu te souviens ?
Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou.
Une fois je t'ai attachée à un arbre et je t'ai coupé tes cheveux,
tes beaux cheveux...(Elle caresse les cheveux d'Ismène.)Comme
cela doit être facile de ne pas penser de bêtises avec toutes ces
belles mèches lisses et bien ordonnées autour de la tête !
 
 
 ANTIGONEComprendre... Vous n avez que ce mot-là dans la bouche, tous,depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu on ne peut pas toucher à l eau, à la belle eau fuyante et froideparce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu on a dans sespoches au mendiant qu on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu à ce qu on tombe par terre et boire quand on a chaud etse baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achèvedoucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant.

Posté le 14/09/2006 | 173 consultations | 5 commentaires | Voir et commenter l'article

Extrait de "Pied de lampe", Jean-Claude GRUMBERG

 

Dans la boutique d'un artisan transformateur d'objets divers en pieds de lampe...

Un client, l'artisan.

LE CLIENT. Vous transformez ?

L'ARTISAN. Pardon ?

LE CLIENT. Transformez-vous les objets divers en pieds de lampe ?

L'ARTISAN. Oui, monsieur...

LE CLIENT. Quels objets ?

L'ARTISAN. Tous, enfin tous ceux transformables, bien entendu...

LE CLIENT. Parfait.

L'ARTISAN. Si par exemple vous possédez une statuette ou une potiche, un buste de Napoléon même, je ne sais pas, enfin, tout est possible, même dans certains cas de vieux pieds de lampe peuvent être retransformés en...

LE CLIENT. Très bien...Vous pouvez donc transformer n'importe quoi en n'importe quoi ?

L'ARTISAN. Pas exactement en n'importe quoi : en pied de lampe, équipé, prêt à fonctionner...

LE CLIENT. Vous est-il possible de me réaliser une lampe de chevet avec abat-jour rose ?

L'ARTISAN. Oui, enfin tout dépend de l'objet. Certaines statuettes ne supportent pas d'abat-jour, il leur faut un globe, d'autres ne s'accordent pas avec le rose...

LE CLIENT. Remarquez, si vous en pouvez pas avec abat-jour rose aucune importance, mettez l'abat-jour que vous jugerez le plus convenable... Toutefois, je préférerais éviter le globe...

L'ARTISAN. Le globe dans certains cas rend très bien.

LE CLIENT. Peut-être mais je préfère pas ! Mettez un bel abat-jour, bien confortable.

L'ARTISAN. C'est pour lire ?

LE CLIENT. Non, pas spécialement, disons plutôt pour changer un peu.

L'ARTISAN. Ah, je vois : vous vous êtes lassé d'un vieil objet et vous désirez le transformer en pied de lampe décoratif plutôt que de le jeter, n'est-ce pas ?

LE CLIENT. Vous avez mis le doigt dessus monsieur ! En deux mots je désire faire transformer ma femme en lampe de chevet avec abat-jour rose.

 


Posté le 11/02/2007 | 85 consultations | 3 commentaires | Voir et commenter l'article

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

 

CYRANO

Oui, ma vie

Ce fut d'être celui qui souffle - et qu'on oublie !

A Roxane

Vous souvient-il du soir où Christian vous parla

Sous le balcon ? Et bien ! Toute ma vie est là :

Pendant que je restais en bas, dans l'ombre noire,

D'autres montaient cueillir le baiser de la gloire !

C'est justice, et j'approuve au seuil de mon tombeau :

Molière a du génie et Christian était beau !

 

A ce moment, la cloche de la chapelle ayant tinté, on voit tout au fond, dans l'allée, les religieuses se rendant à l'office.

 

Qu'elles aillent prier puisque leur cloche sonne !

 

ROXANE

Se relevant pour appeler.

Ma sœur ! ma sœur ?

 

CYRANO

La retenant

Non ! non ! n'allez chercher personne !

Quand vous reviendrez, je ne serais plus là.

Les religieuses sont entrées dans la chapelle, on entend l'orgue.

Il me manquait un peu d'harmonie…en voilà.

 

[…]

ROXANE

J'ai fait votre malheur ! moi ! moi !

 

CYRANO

Vous ?...au contraire !

J'ignorais la douceur féminine. Ma mère

Ne m'a pas trouvé beau. Je n'ai pas eu de sœur.

Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'œil moqueur.

Je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une amie.

Grâce à vous une robe a passé dans ma vie.

 

 


Posté le 19/03/2007 | 64 consultations | 3 commentaires | Voir et commenter l'article

Antigone, Sophocle

 

CREON – […] Et toi, maintenant, réponds-moi sans phrases, d'un mot. Connais-tu la défense que j'avais fait proclamer ?

 

ANTIGONE – Oui, je la connaissais : pouvais-je l'ignorer ? Elle était des plus claires.

 

CREON – Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?

 

ANTIGONE -  Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamée ! ce n'est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d'autres lois, aux lois non écrites , inébranlables, des dieux ! Elles ne datent, celles-là, ni d'aujourd'hui ni d'hier, elles sont éternelles, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-là, pouvais-je donc, par crainte de quelque homme, m'exposer à leur vengeance chez les dieux ? Que je dusse mourir, ne le savais-je pas ? et cela, quand bien même tu n'aurais rien défendu. […]

 


Posté le 23/03/2007 | 79 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article

3 pièces contemporaines

  J'aime lire le théâtre contemporain. Alors voilà un petit livre idéal pour découvrir, et comprendre, ce monde, parfois étrange, à l'humour absurde, pas si absurde que cela. Trois pièces nous sont présentées ici : Maman revient pauvre orphelin de Jean-Claude Grumberg (1992),  Inventaires de Philippe Minyana (1987) et Les cendres et les lampions de Noëlle Renaude (1992). Ces trois écrits ont en commun, entre autres, le principe de répétition et d'inventaire, le retour vers l'enfance et les origines, l'humour et la gouaille d'une langue parlée. Un petit coup de coeur pour la pièce de Jean-Claude Grumberg, extraite de Les Courtes chez Actes Sud, dont je possède l'exemplaire et dont j'aime particulièrement l'écriture !

Un extrait de "Maman revient pauvre orphelin", pour vous mettre l'eau à la bouche... :

-         Maman, maman, où tu es ? Maman, maman, j'ai mal. Maman, tu n'es pas dans ton fauteuil ? Elle n'est pas dans son fauteuil. Ta télé n'est pas ouverte ? Sa télé n'est pas ouverte. Même pas le transistor ? Maman, où tu es ? Maman, maman ?

-         Pourquoi cries-tu ?

-         Je cherche maman.

-         Ta maman n'est plus là.

-         Où est-elle ?

-         A ma droite.

-         A ta droite ?

-         A ma droite.

-         Qui es-tu toi ? Pourquoi je ne te vois pas ?

-         Parce que.

-         Parce que quoi ?

-         Parce que je suis Dieu.

-         Dieu !

-         Dieu.

-         Alors tu existes ?

-         Comme tu vois.

-         Alors toute ma vie je me suis trompé ?

-         Comment ça mon petit ?

-         J'ai cru que tu n'existais pas.

-         L'important c'était de croire.

 

 

 


Posté le 15/07/2007 | 61 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article

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