Antigone @ArticlesSoie, Alessandro Baricco, Folio
« La jeune fille souleva légèrement la tête. Pour la première fois, elle détacha son regard d'Hervé Joncour, et le posa sur la tasse. Lentement, elle la tourna jusqu'à avoir sous ses lèvres l'endroit exact où il avait bu. En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé. Elle écarta la tasse de ses lèvres. La replaça doucement là où elle l'avait prise. Fit disparaître sa main sous son vêtement. Reposa sa tête sur les genoux d'Hara Kei. Les yeux ouverts, fixés dans ceux d'Hervé Joncour. » Posté le 19/11/2006 | 66 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article Le prophète, Khalil Gibran Alors une femme qui tenait un nouveau-né contre son sein dit : »Parle-nous des Enfants. » « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de Ils voient le jour à travers vous mais non à partir de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps mais non leurs âmes. Car leurs âmes habitent la demeure de demain que vous ne pouvez visiter même dans vos rêves. Vous pouvez vous évertuer à leur ressembler, mais ne tentez pas de les rendre semblables à vous. Car la vie ne va pas en arrière ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs par lesquels sont projetés vos enfants comme des flèches vivantes. L'Archer prend pour ligne de mire le chemin de l'infini et vous tend de toute Sa puissance pour que Ses flèches s'élancent avec vélocité et à perte de vue. Et lorsque Sa main vous ploie, que ce soit alors pour la plus grande joie. Car de même qu'il aime la flèche qui fend l'air, Il aime l'arc qui ne tremble pas. »
Posté le 26/11/2006 | 66 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article Le Petit Prince, Antoine de St-Exupéry
« Il faut être très patient […] Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » « Si tu viens, par exemple à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures, je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai, je découvrirai le prix du bonheur ! » « Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche : - Ah ! dit le renard…Je pleurerai. - C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise… - Bien sûr, dit le renard. - Alors, tu n’y gagnes rien. - J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. » Posté le 02/12/2006 | 74 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article Une petite robe de fête, Christian BOBIN, Folio
"Elle écrit. Des carnets de toutes les couleurs. Des encres de tous les sangs. Elle écrit le soir, ce ne serait pas possible autrement. Après les courses, le bain donné à l'enfant, les leçons à faire réciter. Elle écrit sur la table desservie. Loin dans le soir. Tard dans la langue. Quand l'enfant l'abandonne pour la menue monnaie d'un sommeil, ou d'un jeu. Quand ceux qu'elle nourrit ne savent plus rien d'elle. Quand elle est à elle-même hors d'atteinte : seule devant la page. Misérable devant l'éternel. Beaucoup de femmes écrivent ainsi, dans leurs maisons gelées. Dans leur vie souterraine. Beaucoup qui ne publient pas." Posté le 06/12/2006 | 71 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article Les Filles et leurs mères, Aldo Naouri, Odile Jacob
"Je ne peux pas cracher sur ma mère sans me renier et me détruire puisque j'ai longtemps rêvé d'être comme elle en désespérant souvent d'y parvenir un jour. Je ne peux pas la regarder comme je sens, aujourd'hui, qu'elle est en réalité, puisque c'est son exemple qui m'a happée, qui m'a hantée, qui m'a inspirée. Je ne peux tout de même pas m'être trompée à ce point. Je n'ai pas pu me construire sur du semblant. Ce serait effrayant ! Je n'ai pas pu me laisser prendre à une image. C'est impossible ! Et, me le dirait-on, que je récuserais une telle opinion. Je veux bien avoir évolué. Mais je reste tout de même celle que j'ai toujours été, depuis ce tout premier âge où le son de sa voix, son parfum, son sourire, le bruit de ses pas suffisaient à me donner l'idée la plus juste de toute la merveille du monde. L'amoindrir c'est m'amoindrir. La casser c'est me casser. La mépriser c'est me mépriser. La juger c'est, non seulement me juger, mais m'exposer à être un jour jugée à mon tour. Et comment imaginer que j'aie pu un jour ne pas m'en sentir aimée. Si je ne l'avais pas connue aimante et si je ne la reconnaissais pas encore à ce jour aimante, que pourrais-je faire de ce désert affectif et pourrais-je me sentir un jour digne d'un quelconque amour ? Il n'est pas possible qu'il en soit comme il m'arrive de penser qu'il en est et que je me surprends alors à me trouver clairvoyante. C'est moi qui ai dû faillir. Ca ne peut être que moi. C'est certainement moi qui l'ai déçue. C'est moi qui n'ai pas été à la hauteur et qui n'ai pas dû répondre à son attente. C'est moi, ingrate, stupide et égoïste, qui n'ai pas su l'apprécier et la comprendre. Et me voilà à tempêter bêtement une fois de plus comme l'insupportable petite fille gâtée que j'ai dû être." Posté le 09/12/2006 | 71 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article Rechercher dans les articles |