Articles

Catégorie Dans ma bibliothèque: Hommage aussi à ces auteurs rencontrés par le biais du livre.

Soie, Alessandro Baricco, Folio

 

 

« La France, les voyages en mer, le parfum des mûriers dans Lavilledieu, les trains à vapeur, la voix d'Hélène. Hervé Joncour continua à raconter sa vie comme jamais, de savie, il ne l'avait racontée. La jeune fille continuait à le fixer, avec une violence qui arrachait à chacune de ses paroles l'obligation de sonner comme mémorable. La pièce semblait désormais avoir glissé dans une immobilité sans retour quand, tout à coup, et de façon absolument silencieuse, la jeune fille glissa une main hors de son vêtement, et la fit avancer sur la natte, devant elle. Hervé Joncour vit arriver cette tâche claire en marge de son champ de vision, il la vit effleurer la tasse de thé d'Hara Kei puis, absurdement, continuer sa progression pour aller s'emparer sans hésitation de l'autre tasse, celle dans laquelle il avait bu, la soulever avec légèreté et l'emporter. Hara Kei n'avait pas un seul instant cessé de fixer, sans expression aucune, les lèvres d'Hervé Joncour.

La jeune fille souleva légèrement la tête.

Pour la première fois, elle détacha son regard d'Hervé Joncour, et le posa sur la tasse.

Lentement, elle la tourna jusqu'à avoir sous ses lèvres l'endroit exact où il avait bu.

En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé.

Elle écarta la tasse de ses lèvres.

La replaça doucement là où elle l'avait prise.

Fit disparaître sa main sous son vêtement.

Reposa sa tête sur les genoux d'Hara Kei.

Les yeux ouverts, fixés dans ceux d'Hervé Joncour. »


Posté le 19/11/2006 | 66 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

Le prophète, Khalil Gibran

   

Alors une femme qui tenait un nouveau-né contre son sein dit : »Parle-nous des Enfants. »

 

« Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de la Vie qui a soif de vivre encore et encore.

Ils voient le jour à travers vous mais non à partir de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.

 

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées.

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais non leurs âmes.

Car leurs âmes habitent la demeure de demain que vous ne pouvez visiter même dans vos rêves.

Vous pouvez vous évertuer à leur ressembler, mais ne tentez pas de les rendre semblables à vous.

Car la vie ne va pas en arrière ni ne s'attarde avec hier.

 

Vous êtes les arcs par lesquels sont projetés vos enfants comme des flèches vivantes.

L'Archer prend pour ligne de mire le chemin de l'infini et vous tend de toute Sa puissance pour que Ses flèches s'élancent avec vélocité et à perte de vue.

Et lorsque Sa main vous ploie, que ce soit alors pour la plus grande joie.

Car de même qu'il aime la flèche qui fend l'air, Il aime l'arc qui ne tremble pas. »


Posté le 26/11/2006 | 66 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Le Petit Prince, Antoine de St-Exupéry

        « Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé qui est doré me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… »

 

            « Il faut être très patient […] Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… »

 

            « Si tu viens, par exemple à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures, je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai, je découvrirai le prix du bonheur ! »

 

            « Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :

-          Ah ! dit le renard…Je pleurerai.

-          C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…

-          Bien sûr, dit le renard.

-          Alors, tu n’y gagnes rien.

-          J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. »


Posté le 02/12/2006 | 74 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article

Une petite robe de fête, Christian BOBIN, Folio

"Elle écrit. Des carnets de toutes les couleurs. Des encres de tous les sangs. Elle écrit le soir, ce ne serait pas possible autrement. Après les courses, le bain donné à l'enfant, les leçons à faire réciter. Elle écrit sur la table desservie. Loin dans le soir. Tard dans la langue. Quand l'enfant l'abandonne pour la menue monnaie d'un sommeil, ou d'un jeu. Quand ceux qu'elle nourrit ne savent plus rien d'elle. Quand elle est à elle-même hors d'atteinte : seule devant la page. Misérable devant l'éternel. Beaucoup de femmes écrivent ainsi, dans leurs maisons gelées. Dans leur vie souterraine. Beaucoup qui ne publient pas."


Posté le 06/12/2006 | 71 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Les Filles et leurs mères, Aldo Naouri, Odile Jacob

"Je ne peux pas cracher sur ma mère sans me renier et me détruire puisque j'ai longtemps rêvé d'être comme elle en désespérant souvent d'y parvenir un jour. Je ne peux pas la regarder comme je sens, aujourd'hui, qu'elle est en réalité, puisque c'est son exemple qui m'a happée, qui m'a hantée, qui m'a inspirée. Je ne peux tout de même pas m'être trompée à ce point. Je n'ai pas pu me construire sur du semblant. Ce serait effrayant ! Je n'ai pas pu me laisser prendre à une image. C'est impossible ! Et, me le dirait-on, que je récuserais une telle opinion. Je veux bien avoir évolué. Mais je reste tout de même celle que j'ai toujours été, depuis ce tout premier âge où le son de sa voix, son parfum, son sourire, le bruit de ses pas suffisaient à me donner l'idée la plus juste de toute la merveille du monde. L'amoindrir c'est m'amoindrir. La casser c'est me casser. La mépriser c'est me mépriser. La juger c'est, non seulement me juger, mais m'exposer à être un jour jugée à mon tour. Et comment imaginer que j'aie pu un jour ne pas m'en sentir aimée. Si je ne l'avais pas connue aimante et si je ne la reconnaissais pas encore à ce jour aimante, que pourrais-je faire de ce désert affectif et pourrais-je me sentir un jour digne d'un quelconque amour ? Il n'est pas possible qu'il en soit comme il m'arrive de penser qu'il en est et que je me surprends alors à me trouver clairvoyante. C'est moi qui ai dû faillir. Ca ne peut être que moi. C'est certainement moi qui l'ai déçue. C'est moi qui n'ai pas été à la hauteur et qui n'ai pas dû répondre à son attente. C'est moi, ingrate, stupide et égoïste, qui n'ai pas su l'apprécier et la comprendre. Et me voilà à tempêter bêtement une fois de plus comme l'insupportable petite fille gâtée que j'ai dû être."


Posté le 09/12/2006 | 71 consultations | 4 commentaires | Voir et commenter l'article

Rechercher dans les articles

Vous recherchez ? :