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Catégorie Mes écrits (1 à 20): Vous trouverez ci-joints quelques uns de mes textes. J'aimerais connaître votre avis, vos commentaires, sur ces écrits.

Rendez-vous !

 

J'ai rendez-vous. Avec un homme. Haut comme deux pommes. Je marche, lentement, dans le couloir qui mène à sa porte, une boule dans la gorge. Tout à l'heure, je me suis maquillée, un peu, pour être belle, pour lui.

J'ai rendez-vous. Avec toi.

Je sonne à l'interphone. Bouton numéro un.

« Oui ? » Une voix de femme me répond.

Je suis désarçonnée. C'est la première fois que je viens seule.

« Bonjour ! Je suis…Je suis la maman de Théo ! 

-Entrez Madame ! »

J'ai rendez-vous. Avec un homme. Avec mon fils. Hier encore, je te disais bonjour en caressant mon ventre d'un geste devenu familier. Aujourd'hui, pour te voir, je dois prendre deux escaliers, un ascenseur, décliner ma si récente fonction de mère et aller te chercher tout au bout d'une allée, boite parmi d'autres boites.

Je ne te vois pas. Je te cherche. Je suis perdue. On m'indique ta place.

Tu as l'air bien, reposé. Ton petit corps est étalé délicatement au milieu d'une couche fermement enroulée. S'il n'y avait ce creux sur ton torse, qui se forme en rythme, et parfois s'emballe ! S'il n'y avait tous ces fils !

Je m'assois dans un fauteuil à côté de toi, fatiguée, mal à l'aise dans la blouse que l'on doit porter pour entrer ici. Et je pleure, en silence, à l'intérieur. J'ai si peur pour toi. Je me sens si impuissante. Je voudrais te protéger, et je ne peux rien.

Des courbes de couleur sur l'écran au dessus de ton igloo semblent mesurer des données que je ne comprends pas. J'avance une main vers un des hublots de ta couveuse.

« Vous pouvez ! » me dit une infirmière en passant, avec encouragement.

Je passe mes deux mains. Je touche un de tes pieds, ta tête si douce.

Soudain, une alarme se met à sonner. Une infirmière se précipite. Je me recule vivement.

« Respire Théo ! Allez respire ! » dit-elle en regardant l'écran. La courbe du haut se stabilise. Elle éloigne ses mains et ferme la couveuse.

« Il a dû sentir votre présence ! » me dit-elle en souriant.

Je me rapproche à nouveau. Je prends ton petit pied dans mes doigts. J'essaye de transmettre tout mon amour dans cette pression. J'essaye de contrôler cette douleur qui prend mon ventre.

Ca ne devait pas se passer comme ça !


Posté le 08/08/2006 | 98 consultations | 12 commentaires | Voir et commenter l'article

Les autres

         Camions et voitures glissent devant moi dans un chuintement mouillé. Il pleut. J'attends. Pour l'instant, je suis seule, presque toujours la première au pied de cet arbre.

         Je sens les gouttes de pluie s'aplatir sur mes cheveux, s'insinuer dans mon cou, mouiller mon pantalon en toile grise, le rendre lourd. Il mettra au moins la matinée à sécher. Sa moitié humide, au-dessous de l'imperméable, aura prise une teinte nettement plus foncée lorsque je rentrerai dans la classe tout à l'heure, donnant à ce pantalon, déjà bien laid, tout son aspect bon marché.

         Du bout des doigts, je touche au fond de ma poche le petit rectangle dur d'une capuche pliée. Quand ma mère me l'a donné, il y a quelques jours, comme un présent précieux, j'ai eu envie de vomir. Panoplie de mémère ! Il ne me manque plus qu'un petit parapluie bariolé, avec sa housse de rangement. Comme si TOUT n'était déjà pas assez suffisant.

         Les « autres » sont de l'autre côté de la rue, eux-aussi tête-nues. Ils traversent. Leurs cheveux sont propres ; ils brillent. Les quelques gouttes qu'ils reçoivent font délicatement boucler leurs mèches rebelles.

Le car ne va pas tarder.

         Les « autres » n'ont pas non plus de capuches ou de parapluies ; ils arborent des jeans et des blousons de marques. Quand il pleut, ils n'attendent pas le bus pendant des heures. Ils arrivent au bon moment. S'ils étaient en retard, il y aurait quelqu'un pour les conduire. Les « autres » n'ont pas peur. Ils ne se sentent pas sales. Ils ne portent pas de pantalon gris en toile pour aller au collège.

         Ils me fixent en riant alors que le bus apparaît au bout de la rue. Ils jouent à « je te regarde le plus longtemps parce que je suis le plus fort ». C'est vrai, ils sont plus forts, ils sont cinq et je suis seule. Comme toujours, j'attends qu'ils soient tous dans le car pour monter à mon tour. La place, derrière le chauffeur, est vide. Je vérifie qu'il n'y ait pas de chewing-gum collé sur le siège, avant de me jeter dessus. Le chauffeur grommelle un « Assis ! » avant de démarrer. Il est en retard. La cloche aura sonné lorsque nous arriverons ; la cour sera vide d'élèves. Il faudra frapper à la porte, s'excuser, sentir les regards sur mon pantalon trempé, mes cheveux plats et mon nez rougi. Ou pire, voir leurs yeux glisser sur moi comme sur une page vide.

 

                                     


Posté le 10/08/2006 | 78 consultations | 6 commentaires | Voir et commenter l'article

Journée d'été

Rires d'enfants dans mes oreilles. Bras d'enfants sur moi, autour de moi. Odeurs de vanille de leurs cheveux emmêlés !

 

Claquements de leurs sandales jumelles sur les asphaltes brûlés de l'été ! Sensations d'herbe sèche. Bruissements dans les feuilles des arbres.

 

Siestes pleines de sueur ! Réveils au goût de sable chaud. Linges multicolores étendus sur la terrasse. Chaleur.

 

Cris aigus de joie d'eau éclaboussée. Chocolats tartinés sur leurs joues rieuses. Chocolats gourmands sur leurs doigts joueurs.

 

Pleurs de fatigue en fin de journée. Câlins réparateurs sur mon cœur reposé.

 

Douce tranquillité de leurs sommeils jumeaux, sur le soir léger.

 

Arc-en-ciel de leurs jeux abandonnés.

 

Parasol replié.

 

 


Posté le 15/08/2006 | 76 consultations | 5 commentaires | Voir et commenter l'article

Cour de récréation

L'heure de la récréation.

Un brouhaha accompagne la sonnerie stridente qui résonne dans les couloirs et les escaliers. Des dizaines d'élèves dévalent les marches en criant, pressés d'envahir la cour.

Je descends lentement à leur suite, je n'ai pas besoin de courir.

Depuis que ma meilleure amie m'a préféré cette autre fille, depuis que ça a commencé, j'ai le temps. Personne ne m'attend plus. A chaque marche, je goûte la douleur de cette solitude. Elle a un goût de poison.

Un pas lourd, dans mon dos, me crie :"Dehors ! Plus personne dans les bâtiments !"

Je file rejoindre ma place sur le banc, à gauche de la porte des toilettes pour filles. Une autre adolescente me fait pendant, à sa droite, le regard absent.

Je n'ai pas envie d'aller la trouver. Je voudrais pouvoir être sauvée, encore.

Les voilà à nouveau, ils arrivent, accrochés les uns aux autres, rieurs. Ils ont fait le "tour de la cour". Avant, ils m'attendaient. Avant de comprendre, je les ai plusieurs fois rejoins à mi-parcours. Et puis, j'ai choisi cette place sur le banc. J'ai vu que ça ne changeait rien, que c'était même mieux.

Dix minutes...entre la sonnerie d'annonce et la fin du calvaire...deux fois par jour...sans oublier la longue traversée du retour de cantine.

Et ma place, toujours libre, à côté des toilettes.

 

                                                        

 


Posté le 16/08/2006 | 71 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article

Secret Diary

Je saute du car comme un bouchon de champagne. Heureusement, le trajet ne dure que cinq minutes, serrée que je suis contre la porte vitrée, un coin de cartable enfoncé dans le dos. D'autres élèves descendent par le sas arrière, en groupe, avec une facilité certaine.

 

C'est seule que je pénètre dans mon impasse, laissant derrière moi le groupe de jeunes gens qui disparaissent au coin de la rue en ricanant. Je m'imagine toujours leurs conversations. Je les pense hautement intéressantes, cultivées, drôles.

 

La porte du garage est grande ouverte. J'accroche mon blouson, dépose mes chaussures dans le coin approprié et vérifie qu'aucune araignée ne soit logée dans mes chaussons.

 

J'attends. Je sais que mes parents ne m'ont ni vue ni entendue arriver. Je savoure ce petit moment où, seule avec moi-même, je me rejoins. A l'intérieur, il y a du bruit et si peu de place pour s'isoler.

 

Quand j'entre enfin, la cuisine sent le café. Je pose mon cartable et me déchire un morceau de pain,  que je dévore avec avidité, semant des miettes un peu partout. Ma mère, occupée à repasser un tas de chemises, répond à mon salut.

 

Dans la chambre que je partage avec ma sœur, je prends le petit cahier rose que l'on m'a offert pour un anniversaire, celui qui ferme avec une petite clé dorée, celui avec un clown triste sur la couverture, et j'écris :

 

« Aujourd'hui, je t'ai croisé trois fois, et tu m'as souri ! »

 

Je referme le petit cahier que je cache soigneusement. Tout à l'heure, je le relirai tranquillement avant de me coucher, je regarderai ma sœur endormie, j'aurai peur qu'elle ne se réveille, je regretterai peut-être d'avoir écrit ces mots, mais je saurai au fond de moi que ce n'est qu'un début, que je continuerai…

 

 


Posté le 18/08/2006 | 46 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

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